Le financement mixte consiste à associer des fonds publics ou caritatifs à des capitaux privés. L’objectif est simple : les fonds publics prennent en charge une partie du risque, ce qui permet aux investisseurs privés de s’engager dans des projets qu’ils auraient autrement écartés. Ainsi, des écoles, des parcs solaires et des cliniques peuvent bénéficier d’un financement dans des régions où les banques accordent rarement des prêts.
Ce guide explique comment fonctionne le financement mixte, qui y a recours et quelles sont ses limites. Il montre également comment il s’inscrit dans le cadre plus large de l’investissement à impact social.
Qu’est-ce que le financement mixte ?
Le financement mixte utilise de petits montants de fonds concessionnels pour mobiliser des flux privés plus importants. «Concessionnel» signifie que l’argent est accordé à des conditions plus souples que celles du marché. Par exemple, une banque de développement peut accepter un rendement inférieur, ou un bailleur de fonds peut couvrir les premières pertes.
Cette approche est importante car de nombreux projets valables semblent trop risqués sur le papier. Les investisseurs craignent les fluctuations monétaires, la faiblesse du cadre juridique ou une demande non avérée. Pourtant, le projet peut tout de même générer des résultats sociaux significatifs. Le financement mixte comble ce fossé en modifiant l’équilibre entre risque et rendement.
L’OCDE suit de près ce marché. D’après ses études, le financement mixte vise à attirer des capitaux commerciaux vers les Objectifs de développement durable. Vous pouvez consulter la définition officielle sur la page de l’OCDE consacrée au financement mixte.
Qui fournit les fonds ?
Plusieurs acteurs sont impliqués. Les banques de développement, les gouvernements et les fondations fournissent généralement la composante concessionnelle. Les fonds de pension, les assureurs et les gestionnaires d’actifs fournissent la composante commerciale. Parallèlement, les banques locales et les promoteurs de projets gèrent souvent l’opération sur le terrain.
Comment fonctionnent les structures de financement mixte
La plupart des opérations reposent sur une structure en couches. Chaque couche supporte un niveau de risque différent. La couche qui absorbe les pertes en premier se trouve à la base. La couche la plus sûre se trouve au sommet.
Capital de première perte
Le capital de première perte est l’outil le plus connu. Un bailleur de fonds public ou caritatif accepte d’être le premier à subir des pertes si le projet rencontre des difficultés. Par conséquent, les investisseurs privés situés au-dessus courent beaucoup moins de risques. Même une petite tranche de première perte peut suffire à rendre un fonds important suffisamment sûr pour que des investisseurs s’y engagent. Les investisseurs n’hésitent alors pas à engager des sommes bien supérieures à la valeur de cette tranche.
Garanties et assurances
Une garantie s’engage à rembourser les prêteurs en cas de défaillance de l’emprunteur. De même, l’assurance contre les risques politiques couvre les pertes résultant d’événements tels que des mesures gouvernementales. Ces outils ne coûtent pratiquement rien au secteur public, sauf en cas de problème. En d’autres termes, ils permettent d’optimiser considérablement l’utilisation des fonds publics limités.
Assistance technique
Certaines opérations comprennent également des subventions destinées à la formation et à la planification. Cette aide permet de préparer les projets en vue de l’investissement. De plus, elle augmente les chances que le projet produise effectivement des résultats.

Le financement mixte et les ODD
Les Nations unies ont fixé 17 objectifs de développement durable à atteindre d’ici 2030. Leur réalisation nécessite des milliers de milliards de dollars chaque année. Les budgets publics ne peuvent à eux seuls couvrir ces dépenses. Par conséquent, les dirigeants se tournent vers les capitaux privés pour combler ce déficit.
Le financement mixte constitue l’un des principaux ponts entre les deux secteurs. Il a permis de financer des projets dans les domaines des énergies renouvelables, des réseaux d’approvisionnement en eau, du logement abordable et des prêts aux petites entreprises. Jusqu’à présent, la plupart des accords ont concerné les secteurs de l’énergie et de la finance. Les secteurs de la santé et de l’éducation restent moins représentés, en partie parce que leurs retombées sont plus difficiles à mesurer.
Ce lien avec les objectifs explique également pourquoi les institutions de financement du développement sont à l’origine d’un si grand nombre d’opérations. Elles disposent déjà de la connaissance du terrain et de la vision à long terme dont ces projets ont besoin.
Un exemple simple
Imaginons un projet solaire rural dans un pays à faible revenu. Les prêteurs commerciaux y voient un risque trop élevé. Une banque de développement prend donc en charge la tranche de première perte et ajoute une garantie. Ensuite, un fonds de retraite apporte la majeure partie des fonds. La ferme voit le jour et les foyers locaux sont alimentés en électricité.
Risques et limites du financement mixte
Le financement mixte n’est pas une solution miracle. Les critiques soulèvent plusieurs préoccupations légitimes. Premièrement, les fonds publics peuvent subventionner une opération à laquelle des investisseurs privés auraient de toute façon participé. Les experts appellent cela un manque d’additionnalité. Deuxièmement, les opérations peuvent être complexes et longues à conclure. Troisièmement, les bénéfices ne profitent pas toujours aux plus démunis.
La transparence constitue un autre défi. De nombreuses entreprises gardent leurs conditions confidentielles, de sorte que les observateurs extérieurs ont du mal à vérifier si le soutien public était réellement nécessaire et si l’opération a bien profité aux personnes qu’elle promettait d’aider. De plus, les bailleurs de fonds doivent veiller à ne pas évincer les prêteurs locaux.
Les bonnes pratiques exigent donc des preuves claires. Les bailleurs de fonds devraient préciser pourquoi des fonds concessionnels sont nécessaires, quel en est le montant requis et quels résultats ils permettent d’obtenir. De même, la mesure de l’impact devrait porter sur les résultats concrets, et non pas uniquement sur les montants levés. Le réseau de recherche Convergence publie des données sur les opérations et les enseignements tirés du marché.
Pourquoi le financement mixte est-il important pour les investisseurs ?
Pour les investisseurs, le financement mixte ouvre la voie à de nouvelles classes d’actifs. Il offre une exposition aux marchés émergents tout en constituant un rempart contre les pertes. De plus, il leur permet de viser à la fois des rendements financiers et des résultats sociaux mesurables.
Pour autant, les investisseurs doivent poser des questions cruciales avant de s’engager. Qui supporte la première perte ? Comment l’impact sera-t-il vérifié ? Que se passe-t-il si le projet prend du retard ? Des réponses claires sont le signe d’une opération bien ficelée.
En bref, le financement mixte montre que la philanthropie et le capital peuvent faire bon ménage. Il ne remplace ni les subventions ni les prêts classiques. Il comble plutôt ce vide délicat où de bons projets attendent un petit coup de pouce. À mesure que le marché mûrit, des données de meilleure qualité et des règles plus claires détermineront l’ampleur du changement réel qu’il apportera.

