Fonds pour le climat des pays du Sud : pourquoi la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) vient d’investir 100 millions de dollars dans TPG

Voici un chiffre qui devrait vous faire réagir : 808 millions de dollars. C’est la somme que TPG avait déjà réunie pour son fonds climatique dédié aux pays du Sud au deuxième trimestre 2026, selon DealStreetAsia. Puis, le 14 octobre, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) a annoncé qu’elle allait y ajouter jusqu’à 100 millions de dollars supplémentaires.

Alors, pourquoi devriez-vous vous intéresser au fait qu’une banque de développement signe un chèque ? Parce que cette opération illustre parfaitement la manière dont les fonds destinés à la lutte contre le changement climatique commencent à affluer vers les marchés émergents. C’est également un test pour voir si les grands investisseurs privés suivront le mouvement lorsqu’une banque publique ouvre la voie.

Que s’est-il donc passé concrètement ?

L’AIIB s’engage à verser 50 millions de dollars au fonds « TPG Rise Climate Global South Initiative Fund ». Elle réserve également jusqu’à 50 millions de dollars pour des co-investissements. En d’autres termes, elle peut injecter directement des fonds dans des opérations spécifiques aux côtés du fonds, en plus d’investir par son intermédiaire. En additionnant ces montants, on obtient le chiffre annoncé de 100 millions de dollars au maximum.

Ce fonds fonctionne en parallèle du « TPG Rise Climate II », l’un des principaux fonds climatiques de TPG. TPG l’a créé en collaboration avec ALTÉRRA, une plateforme d’investissement climatique soutenue par les Émirats arabes unis. Et TPG n’est pas non plus une petite structure. La société a vu le jour à San Francisco en 1992 et gère aujourd’hui environ 303 milliards de dollars.

La AIIB est également un acteur de premier plan. Elle a commencé ses activités en 2016, compte 111 membres approuvés et dispose d’un capital de 100 milliards de dollars, selon son communiqué officiel. La nouvelle a été annoncée à Pékin le 14 octobre. ESG Today l’a reprise le 20 octobre, et ImpactAlpha l’a mentionnée dans son tour d’horizon hebdomadaire des transactions le 23 octobre. Elle continue donc de faire le tour des médias cette semaine.

Que recouvre ce fonds climatique dédié aux pays du Sud ?

Illustrated globe showing climate fund sectors across Asia, the Middle East and Africa, from battery storage to flood defenses

Tout d’abord, la géographie. Le fonds cible les économies membres de la BAI en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. DealStreetAsia indique que la répartition est d’environ 70 % pour l’Asie et 30 % pour le reste du monde, l’Inde et l’Asie du Sud-Est étant désignées comme marchés prioritaires.

Ensuite, les secteurs. La liste est large : transition énergétique, mobilité verte, carburants durables, matériaux et produits durables, solutions de réduction des émissions de carbone, ainsi qu’adaptation au changement climatique et résilience. Ce dernier point est plus important qu’il n’y paraît, car l’adaptation consiste à aider les territoires à faire face à la chaleur, aux inondations et aux sécheresses. Nous avons expliqué pourquoi le financement de l’adaptation au changement climatique venait de connaître sa meilleure année depuis une décennie, et ce fonds s’inscrit dans cette tendance.

Enfin, le label. Le fonds relève de l’article 9 du règlement de l’UE sur la publication d’informations en matière de finance durable. C’est un peu compliqué, alors voici la version simplifiée. Les fonds relevant de l’article 9 doivent désigner l’investissement durable comme leur objectif réel, et non comme un simple effet secondaire positif. Si vous avez suivi les nouvelles orientations de l’AEMF concernant les allégations d’impact, vous savez que les régulateurs surveillent de près ce type de labels.

Pourquoi l’engagement d’une banque de développement compte plus que sa taille

Soyons honnêtes : 100 millions de dollars, c’est de la petite monnaie dans la finance mondiale. Mais les banques de développement n’investissent pas pour faire sensation avec leur propre argent. Elles investissent pour que d’autres acteurs se sentent suffisamment en confiance pour les rejoindre.

L’AIIB l’affirme sans détour. Elle espère que sa participation attirera davantage de capitaux privés aux côtés de TPG et d’autres co-investisseurs. Kim-See Lim, l’un des directeurs des investissements de la banque, l’a formulé ainsi : « La mobilisation de capitaux privés est l’une des priorités thématiques centrales de l’AIIB et elle est fondamentale pour combler le déficit d’investissement climatique. »

Il y a également un objectif plus large derrière tout cela. L’AIIB souhaite que la moitié de ses financements annuels soit consacrée à des projets axés sur le secteur privé d’ici 2030. On peut donc s’attendre à voir beaucoup d’autres opérations similaires à celle-ci.

ESG Today apporte un autre détail intéressant. La stratégie globale de TPG vise à attirer les investisseurs institutionnels – c’est-à-dire les fonds de pension et les assureurs qui gèrent d’énormes volumes de capitaux – en leur proposant des rendements améliorés sur les opérations de capital-investissement liées au climat. C’est le principe de base du financement mixte : les fonds publics atténuent quelque peu les risques, ce qui incite les investisseurs privés à s’engager.

D’accord, mais ce fonds climatique pour les pays du Sud est-il suffisamment important ?

C’est là que nous devenons un peu sceptiques. Lorsque TPG a dévoilé cette stratégie pour la première fois lors de la COP28 à Dubaï en décembre 2023, il était question de 2,5 milliards de dollars d’engagements totaux. En septembre 2024, il faisait état de 1,25 milliard de dollars d’engagements initiaux, dont 500 millions provenant d’ALTÉRRA.

Le fonds lui-même vise désormais 1 milliard de dollars, selon DealStreetAsia, qui cite la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB). Au deuxième trimestre 2026, il disposait de 808 millions de dollars d’engagements. Le fonds avait donc encore une marge de progression pour atteindre son objectif. Pourtant, l’écart entre ces chiffres et le déficit d’investissement climatique dont parle l’AIIB elle-même reste énorme.

Mais honnêtement ? Un milliard de dollars destiné à l’Inde, à l’Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient et à l’Afrique vaut mieux qu’un milliard de dollars qui ne quitte jamais les grandes capitales financières. Et comme il s’agit de capital-investissement, l’argent est injecté dans de vraies entreprises qui construisent de vraies choses. Cela suffira-t-il à combler le déficit à lui seul ? Non. Mais c’est un début concret sur lequel on peut s’appuyer.

Ce que cela signifie pour les marchés émergents comme le nôtre

Pour les fondateurs et les investisseurs des marchés émergents, y compris ici en Arménie, la leçon est assez simple. L’argent existe, mais il a tendance à arriver par étapes. Une banque publique soutient un grand fonds, et ce fonds soutient ensuite des entreprises.

Cela signifie que les entreprises qui obtiennent des fonds sont généralement celles qui semblent présentables aux yeux d’un gestionnaire international. Concrètement, cela se traduit par des chiffres clairs, une gouvernance irréprochable et un impact climatique mesurable. Si vous développez un projet dans les domaines de l’énergie propre, des transports verts ou de la résilience climatique, ce sont là les critères à remplir. De plus, relisez attentivement cette liste de secteurs. L’adaptation et la résilience ont été retenues, ce que nous interprétons comme un indice de l’orientation de la demande.

Nous percevons également ici un signal plus discret. Les banques de développement continuent de suivre le même scénario : elles investissent une partie de leurs fonds, prennent une part de risque, puis laissent les gestionnaires privés sélectionner les projets. La question de savoir si cela fonctionne à grande échelle est l’une des grandes interrogations actuelles en matière de financement climatique.

Alors, faut-il s’intéresser au fonds climatique pour les pays du Sud ?

Si vous vous souciez de savoir où va réellement l’argent consacré au climat, oui. Le fonds climatique « Global South » de TPG n’est qu’une petite pièce d’un immense puzzle, mais il en dessine les contours. Les banques publiques ouvrent la voie, les capitaux privés suivent, et les marchés émergents obtiennent des capitaux qu’ils auraient du mal à lever seuls.

Le véritable test vient ensuite. Le reste de ce milliard de dollars sera-t-il levé, et les projets iront-ils au-delà des grands marchés habituels ? Nous suivrons de près le volet des co-investissements en particulier, car c’est là que la BAIE peut soutenir directement des entreprises spécifiques. C’est également là que l’on verra quelles opérations seront effectivement conclues, et dans quels pays.

Et si vous développez une activité liée au climat dans notre région, il est peut-être temps de vous poser une question sans détour : un fonds comme celui-ci vous dirait-il « oui » aujourd’hui ?

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